Conférences académiques IUF grand public 2026

LA MÉMOIRE ET L’OUBLI

Méthodes, pratiques, outils et objets scientifiques en dialogue

 Participation gratuite et ouverte à tous les publics

Loin d’être des notions simplement opposées, mémoire et oubli forment un couple dynamique dont l’articulation structure les rapports de l’être humain au temps, à l’identité et au savoir. De la mnémotechnique antique aux neurosciences contemporaines, en passant par les interrogations modernes sur l’histoire et la subjectivité, la mémoire apparaît à la fois comme faculté individuelle, construction collective et enjeu technique. La révolution numérique impose aujourd’hui une reconfiguration profonde de cette dialectique entre mémoire et oubli.

Dans l’Antiquité grecque, la mémoire est d’abord pensée sous une forme mythologique et cosmologique. Mnémosyne, déesse de la mémoire, est la mère des Muses : sans mémoire, il n’y a ni poésie, ni savoir, ni histoire. Socrate et Platon se montrent ambivalents vis-à-vis de l’écriture, accusée de produire un simulacre de mémoire, favorisant l’oubli intérieur au profit d’une mémoire externalisée ! Dans le monde romain, les arts de la mémoire combattent l’oubli par des techniques spatiales et visuelles destinées à renforcer la capacité de rappel. Déjà se dessine une tension entre mémoire naturelle et mémoire artificielle, qui trouvera une résonance particulière à l’ère numérique.

À l’époque moderne, Locke fait de la mémoire le fondement de l’identité personnelle : être le même sujet, c’est se souvenir de ses actions passées tandis que l’oubli introduit alors une fracture possible dans l’identité. Chez Nietzsche, l’oubli est réhabilité comme une force active et vitale : une mémoire excessive peut paralyser l’action et enfermer l’individu ou la société dans le ressentiment. Freud, de son côté, fait de l’oubli un mécanisme central de la vie psychique : le refoulement n’efface pas les traces mnésiques, mais les rend inaccessibles à la conscience et produisant des symptômes. 

L’observation médicale et l’approche expérimentale des neurosciences ont permis de décrire les processus dynamiques jusqu’au niveau neuronal et synaptique (et leur fameuse plasticité) et à leurs localisations cérébrales. Les distinctions entre mémoire épisodique, sémantique, procédurale ou émotionnelle montrent que l’oubli est souvent fonctionnel. Les travaux sur la reconsolidation des souvenirs indiquent que se souvenir, c’est aussi modifier et parfois altérer la trace mémorielle. L’oubli apparaît dès lors comme constitutif du fonctionnement normal du cerveau, et non comme une simple défaillance.

C’est dans ce contexte que la révolution numérique introduit une rupture majeure. Les technologies numériques promettent une mémoire quasi illimitée, externalisée et immédiatement accessible. Bases de données, réseaux sociaux, archives en ligne et intelligence artificielle produisent une accumulation massive de traces, souvent conservées sans hiérarchisation ni temporalité claire. Cette hypertrophie de la mémoire technique semble réaliser le rêve ancien d’une victoire sur l’oubli. Pourtant, elle pose des problèmes épistémologiques, éthiques et politiques considérables.

D’un point de vue cognitif, l’externalisation massive de la mémoire modifie les pratiques de savoir : on mémorise moins les contenus que les chemins d’accès à l’information. Cette transformation, parfois décrite comme une « amnésie numérique », ne signifie pas la disparition de la mémoire, mais son déplacement. Toutefois, l’absence d’oubli algorithmique peut entrer en tension avec les besoins psychiques et sociaux : le passé, constamment rappelé, devient difficile à dépasser. 

La mémoire numérique n’est ni neutre ni exhaustive : les algorithmes sélectionnent, hiérarchisent et rendent visibles certaines traces plutôt que d’autres. L’oubli devient alors le produit de logiques techniques et économiques, souvent opaques. Paradoxalement, l’ère de l’archivage total coexiste avec des formes inédites de fragilité mémorielle : obsolescence des formats, dépendance aux plateformes, disparition brutale de données. La mémoire numérique est à la fois surabondante et précaire.

En définitive, de l’Antiquité jusqu’à aujourd’hui, la réflexion sur la mémoire et l’oubli montre une constante : leur indissociabilité. La révolution numérique ne supprime pas cette dialectique, mais la radicalise. Elle oblige à repenser l’oubli non comme une perte à éviter absolument, mais comme une condition nécessaire de la liberté individuelle, de la santé psychique et de la vie démocratique. À l’heure où la technique semble se souvenir à notre place, le véritable enjeu n’est peut-être pas de tout conserver, mais de réapprendre à oublier — consciemment, collectivement et de manière critique.

Comme cela fut déjà le cas entre de 2011 à 2015, puis en 2025, des spécialistes de toutes disciplines confronteront leurs compétences et pratiques scientifiques en utilisant comme fil conducteur la question de l’Intelligence. Ils tâcheront de proposer un dossier accessible aux doctorants et étudiants de toutes les disciplines afin de permettre l’échange et le débat. Ces Ateliers prendront la forme de 2 demi-journées réparties sur le semestre 2 de 2025-26, ouvertes aux doctorants de toutes les écoles doctorales, et aux étudiants de toute origine. Au cours de chaque séance, trois ou quatre spécialistes de disciplines variées exposeront un dossier de recherche illustrant et/ou problématisant la thématique. Les échanges qui feront suite auront une visée interdisciplinaire et comparatiste. 

Contacts : Jean-François Arnal (arnaljf@me.com), Guillaume Cabanac (guillaume.cabanac@univ-tlse3.fr), Cécile Crespy (cecile.crespy@sciencespo-toulouse.fr), Jean-Marc Devaud (jean-marc.devaud@univ-tlse3.fr), Olivier Guerrier (olivier.guerrier@univ-tlse2.fr).

Séances les 24 mars 2026, de 14h à 17h
et le 12 juin 2026, de 14h à 17h

Amphithéâtre de la Maison de la Recherche et de la Valorisation, Amphi 2Campus de Rangueil, Toulouse

Séance 2

12 juin 2026 de 14h à 17h

14h : Présentation et Introduction

14h05-14h35 : Laure VERRET, (Université de Toulouse – Neurosciences) « Mémoire et oubli face à la maladie d’Alzheimer : comment le cerveau résiste parfois »

14h35-14h45 : Discussion

14h45-15h15 : Létitia MOUZE, (Université Toulouse Jean-Jaurès – Philosophie) « Mémoire et savoir chez Platon »

15h15-15h25 : Discussion

15h25-15h40 : Pause

15h40-16h10 : Jonathan CUROT, (Université de Toulouse – Neurologie) « Sommeil, replay et apprentissage »

16h10-16h20 : Discussion

16h20 – 16h50 : Intervenant 4 (à confirmer)

16h50 – 17h00 : Discussion

Présentations

Laure VERRET, « Mémoire et oubli face à la maladie d’Alzheimer : comment le cerveau résiste parfois »

La maladie d’Alzheimer est associée à une perte progressive de la mémoire. Pourtant, cette relation n’est pas aussi simple qu’on pourrait le croire : certaines personnes présentent des lésions cérébrales importantes tout en conservant longtemps des capacités cognitives relativement préservées. Comment expliquer cette résistance ? Pourquoi certains cerveaux parviennent-ils à maintenir leurs fonctions malgré la maladie ?
Mes travaux cherchent à répondre à ces questions en s’intéressant à la manière dont l’expérience et le mode de vie peuvent modifier durablement le fonctionnement du cerveau. Nous montrons que certaines formes de stimulation peuvent renforcer des mécanismes internes de protection et permettre de préserver la mémoire, même en présence de pathologie.
Cette approche ouvre des perspectives nouvelles : plutôt que de chercher uniquement à éliminer les lésions, peut-on aider le cerveau à mieux y faire face ? À travers ces travaux, je proposerai une réflexion sur les liens entre mémoire, oubli et capacité d’adaptation du cerveau.

Laure Verret est maîtresse de conférences en neurosciences à l’Université de Toulouse et co-responsable de l’équipe REMEMBeR au Centre de Recherches sur la Cognition Animale (CRCA-CBI, CNRS). Ses travaux portent sur les mécanismes de la mémoire et leur altération dans la maladie d’Alzheimer, avec un intérêt particulier pour les neurones inhibiteurs et la réserve cognitive. Elle combine approches comportementales, électrophysiologiques et moléculaires pour comprendre comment l’activité neuronale peut être modulée afin de préserver les fonctions cognitives. Elle a notamment montré le rôle causal des neurones inhibiteurs dans les déficits cognitifs associés à la pathologie.

Létitia MOUZE, « Mémoire et savoir chez Platon »

Le but de cette conférence sera de comprendre ce que le Socrate de Platon veut dire lorsqu’il soutient que l’écriture engendre l’oubli, mais qu’elle permet la remémoration. Pour cela, on commencera par revenir sur le sens de la thèse célèbre du Ménon selon laquelle apprendre c’est se ressouvenir, afin de mettre en lumière la conception de la mémoire sur laquelle elle repose. On examinera ensuite de près le texte du Phèdre, et on attirera l’attention sur le fait que ce qui est cause de l’oubli comme de la remémoration n’est pas exactement ce que nous entendons par écriture.

Létitia Mouze est MCF-HDR en philosophie à l’Université Toulouse Jean Jaurès. Ses travaux portent sur la philosophie ancienne, notamment Platon, sur les rapports entre littérature et philosophie, sur la lecture, sur S. Weil, et sur les plantes en philosophie. Elle a publié plusieurs ouvrages sur Platon, ainsi que la traduction, au Livre de Poche, de deux de ses dialogues (le Phèdre et le Sophiste), et de nombreux articles. Son inédit d’HDR va paraître en mai 2026 aux éditions des Belles Lettres, dans la collection « Essais », sous le titre Le philosophe qui aimait les histoires. L’anthropologie platonicienne du fait poétique.

Jonathan CUROT, « Sommeil, replay et apprentissage »

Quel(s) lien(s) entre Vice-Versa de Pixar, Total Recall de Philip K. Dick ou L’Homme terminal de Michael Crichton ? Ces œuvres, parmi d’autres, sont centrées autour de neuromèmes — des idées simplifiées, parfois exagérées et facilement diffusables, ici appliquées à la mémoire humaine ou au contrôle cérébral.
Ce ne sont là que quelques exemples parmi ces représentations omniprésentes dans la culture populaire, du cinéma à la littérature en passant par les médias, souvent nées de découvertes neuroscientifiques mal comprises ou extrapolées. Parmi ces neuromèmes figurent les mythes tenaces des souvenirs rejoués comme des films, d’une mémoire que l’on pourrait « effacer » ou « booster » à volonté, d’une mémoire « photographique », ou encore celui d’un « siège unique » des souvenirs dans le cerveau.
Pourtant — et c’est là le paradoxe —, certains de ces neuromèmes, comme l’idée d’une mémoire manipulable à l’envi, sont parfois renforcés par les neurosciences elles-mêmes, notamment via des techniques comme la stimulation électrique intracrânienne. Initialement conçue pour cartographier les réseaux épileptiques et étudier l’organisation fonctionnelle du cerveau, cette méthode a, sans le vouloir, contribué à forger des imaginaires collectifs puissants — entre espoirs thérapeutiques et fantasmes de contrôle mental. Or, des travaux récents — en particulier ceux basés sur des enregistrements intracrâniens à de multiples échelles chez des patients épileptiques — révèlent une réalité bien plus complexe.
Cette conférence propose d’explorer ces paradoxes : comment la stimulation électrique cérébrale, source de neuromèmes, devient un outil de déconstruction de mythes erronés et une méthode clé pour réévaluer les modèles classiques de la mémoire à long terme, avec une compréhension plus nuancée, ancrée dans la complexité des réseaux physiologiques.

Le Pr Jonathan Curot est professeur des universités – praticien hospitalier en neurologie, spécialisé en épileptologie, électrophysiologie clinique et pathologies du sommeil. Il exerce au sein du département de neurologie du CHU de Toulouse et de la faculté de santé de l’Université Toulouse III Paul Sabatier.
Ses recherches actuelles, menées au sein de l’équipe Dynamo du Centre de Recherche Cerveau et Cognition (CNRS, UMR 5549), portent sur les dynamiques neuronales unitaires et oscillatoires, normales et pathologiques, chez les patients épileptiques pharmacorésistants en bilan préchirurgical, ainsi que sur les mécanismes cérébraux des effets de la stimulation électrique intracérébrale, en particulier sur les réseaux mnésiques. Ces travaux s’appuient sur une approche multi-échelle des enregistrements intracrâniens, combinant des électrodes standards et des microélectrodes captant l’activité neuronale unitaire.
Il est également co-directeur du Master 2 en neuropsychologie et neurosciences cliniques à l’Université de Toulouse.

Séance 1

24.03.2026, 14h-17h

14h : Présentation et Introduction

14h05-14h40 : Isabelle Serça (Université de Toulouse – Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse –Littérature française) : « Traces mnésiques/Traces écrites : des écrivains aux scientifiques, regards croisés sur la mémoire et l’oubli »

14h40-14h50 : Discussion

14h50-15h : Pause

15h-16h30 : 

Marie-Christine Miquel (Université de Toulouse – Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse – Neurosciences) : « Mémoire et oubli, une histoire de cerveau »

Jean-Marc Devaud (Université de Toulouse – IUF – Neurosciences) : « La trace mnésique, base biologique de la mémoire (et de l’oubli) » 

Adrien Causse (Université d’Oxford – Hôpital Pupan de Toulouse – Neurosciences) : « Explorer la mémoire humaine sous l’angle de la physiologie cérébrale »

16h30-16h40 :Discussion

Présentations

Isabelle Serça est professeure émérite de langue et littérature françaises à l’université Jean-Jaurès, membre de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles-Lettres de Toulouse et directrice du Bulletin Marcel Proust. Elle s’intéresse au style et a soutenu naguère une thèse sur la parenthèse chez Proust (Les coutures apparentes de la Recherche, Champion, 2010). Dans Esthétique de la ponctuation (Gallimard, « Blanche », 2012), elle pose la ponctuation comme un objet esthétique en littérature et dans les arts – peinture, musique, architecture et installations contemporaines comme celles de Richard Serra ou Bill Viola.
Elle travaille actuellement sur les liens que la littérature entretient avec les arts et les sciences — tout particulièrement à partir du temps et de la mémoire. C’est dans cette perspective qu’elle a mené le programme Idex ProusTime qui réfléchit sur le temps et la mémoire à partir de Proust avec une équipe de chercheurs de tous les horizons : histoire, neurosciences, géosciences, physique, musique, linguistique, arts plastiques, etc. Proust et le temps : un dictionnaire (Le Pommier, 2022 ; trad. grecque, Diavlos, 2025) est le résultat de ce travail.
Elle a organisé nombre de manifestations scientifiques et est engagée dans l’approche transdisciplinaire vers différents publics, qu’il s’agisse d’émissions sur France Culture, des Ateliers transdisciplinaires « ProusTime » destinés au grand public ou aux doctorants au Quai des Savoirs ou à l’ENS-Ulm, de conférences dans le cadre de festivals comme le Festival international d’astronomie de Fleurance ou ESOF, de manifestations grand public comme la Semaine de la Mémoire à Lille en 2023 ou encore de manifestations « proustiennes » à Illiers-Combray ou à Cabourg.
Résumé
Cette intervention mettra l’accent sur les liens entre littérature et neurosciences à partir du thème de la mémoire : le présupposé est que la littérature met en scène des phénomènes qui restent encore hors de portée de la modélisation que peuvent en faire les scientifiques. On verra ainsi comment la description de la mémoire chez Proust fait écho à l’approche scientifique actuelle. On s’intéressera aussi aux liens entre mémoire individuelle et mémoire collective, en s’appuyant sur les avancées scientifiques en cours (comme le programme « 13 novembre ») et sur des œuvres d’auteurs contemporains tels que nos deux prix Nobel ⎯ Modiano et Ernaux.
On voudrait ainsi montrer comment le caractère avant-coureur de la littérature lui permet d’instaurer un dialogue fécond avec les descriptions savantes.

Marie-Christine Miquel est enseignante-chercheuse en neurosciences émérite de l’Université de Toulouse, au Centre de Recherches sur la Cognition Animale (Centre de Biologie Intégrative, Université de Toulouse-CNRS), et membre de l’Académie des Sciences, Inscriptions et Belles Lettres de Toulouse. Au cours de sa carrière, ses recherches se sont concentrées sur les aspects neurobiologiques de différentes atteintes cérébrales, chez le rongeur, de la dépression à différentes pathologies neurodégénératives comme la maladie d’Alzheimer. Dans ce dernier cadre, ses travaux se sont centrés sur les liens entre mémoire et plasticité cérébrale, particulièrement en termes d’influence de la dynamique mitochondriale sur la plasticité neuronale.
Résumé
J’y pense et puis j’oublie, c’est gravé dans mon cerveau, ça m’est sorti de la tête, autant d’expressions courantes liant « mémoire et oubli » au cerveau. Nous verrons comment le cerveau, avec l’émergence des neurosciences, est maintenant au centre des recherches en la matière. De la découverte des cellules neuronales à leurs propriétés électriques, en passant par la communication chimique via les synapses, nous aborderons les bases neurobiologiques du fonctionnement cérébral et de sa fameuse plasticité.
Ce propos introductif sera suivi de deux communications visant à illustrer les conceptions actuelles. D’une part, Jean-Marc Devaud présentera celle de trace mnésique en lien avec la mouvance des souvenirs. D’autre part, Adrien Causse décrira les expériences à la pointe de l’électrode montrant les variations de rythmes et oscillations du cerveau électrique qui accompagnent les activités mnésiques.

Jean-Marc Devaud est professeur de Neurosciences à l’Université de Toulouse, chercheur au Centre de Recherches sur la Cognition Animale (Centre de Biologie Intégrative, Université de Toulouse-CNRS) et membre senior de l’Institut Universitaire de France. Ses recherches se concentrent sur les processus cérébraux et comportementaux de l’apprentissage et de la mémoire des odeurs chez l’abeille, et sur la manière dont différentes formes de stress affectent ces processus. 
Résumé
Si la mémoire est une expérience éminemment subjective, elle est néanmoins accessible à la caractérisation expérimentale. En neurosciences, la formation et le maintien en mémoire de souvenirs est considéré comme le résultat d’une modification physique des connexions entre neurones au sein du cerveau, ce que l’on appelle la trace mnésique. D’abord purement théorique, cette conception a pu être étayée par des études expérimentales, en particulier chez l’animal, dont les résultats confortent l’idée d’une relation causale entre changements neuronaux et mémoire. Bien que l’oubli ait été moins étudié, il est lui aussi à mettre en relation avec la trace mnésique, lorsque celle-ci se dégrade ou s’efface. La conférence présentera donc une vision actuelle de la manière dont les Neurosciences conçoivent la mémoire et l’oubli, en tant que phénomènes biologiques liés à une propriété fondamentale du cerveau : sa plasticité.
Adrien Causse est doctorant en neurosciences à l’Université d’Oxford, et travaille en collaboration avec le CerCo et l’hôpital de Purpan à Toulouse. Ses travaux portent sur la physiologie de l’hippocampe humain et les mécanismes neuronaux de la mémoire. Grâce à des enregistrements électrophysiologiques chez des sujets épileptiques, il étudie comment les rythmes cérébraux organisent l’activité des réseaux neuronaux pendant l’apprentissage et le sommeil. Ses recherches s’inscrivent dans une approche comparative visant à relier les modèles animaux aux mécanismes de la mémoire humaine.
Résumé
Comment l’activité électrique du cerveau nous permet-elle de comprendre le fonctionnement de la mémoire chez l’être humain ? Lorsqu’on apprend une nouvelle information, des populations de neurones s’activent dans plusieurs régions cérébrales, notamment dans l’hippocampe. Cette activité n’est pas aléatoire : elle est organisée dans le temps par des oscillations cérébrales, c’est-à-dire des fluctuations rythmiques de l’activité électrique du cerveau. Ces oscillations s’apparentent à une horloge interne. Elles ne transportent pas directement l’information, mais elles définissent le moment où les neurones ont le plus de chances de s’activer ensemble, et donc de communiquer efficacement. Chez le rongeur, une oscillation lente appelée thêta organise l’activité de l’hippocampe pendant l’apprentissage. Puis, au repos et pendant le sommeil, des événements très rapides appelés ripples apparaissent. Ces ripples correspondent à la réactivation brève de populations de neurones précédemment engagées pendant l’expérience, un mécanisme associé à la consolidation des souvenirs. Ce cadre a conduit au modèle « en deux temps » de la mémoire : une phase en ligne, pendant l’expérience, permettant l’encodage, et une phase hors ligne, pendant le repos, qui permet la consolidation mnésique. Chez l’être humain, ces mécanismes restent moins bien caractérisés et donc moins bien compris. Aujourd’hui, les techniques non invasives permettent d’observer l’activité cérébrale à l’échelle macroscopique, mais ne donnent pas accès directement à la dynamique fine des réseaux neuronaux. Dans cette présentation, nous explorerons ces mécanismes chez l’être humain à partir d’enregistrements intracérébraux réalisés chez des sujets humains implantés à des fins cliniques. L’objectif sera de relier les connaissances issues des modèles animaux au fonctionnement de la mémoire humaine. Nous tenterons en effet de mettre en évidence les principes généraux qui gouvernent l’activité des circuits neuronaux humains : comment les neurones se synchronisent, comment des motifs collectifs émergent à l’éveil et pendant le sommeil, et comment l’organisation temporelle de ces réseaux soutient les différentes étapes de la mémoire


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